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L’Université Libre et Populaire accueillait Nada Afiouni le vendredi 8 novembre 2024, à la Maison des Jeunes et de la Culture, pour évoquer la laïcité au Royaume-Uni. La conférencière est maîtresse de conférences en civilisation britannique contemporaine à l’Université du Havre.
Pluralité religieuse au Royaume-Uni
Le Royaume-Uni est une entité politique plurielle, dont la construction a été progressive entre 1536 et 1800, avec l’adjonction du Pays de Galles, de l’Écosse et de l’Irlande. En 1999, l’Écosse et le Pays de Galles obtiennent leur propre Parlement et leur Premier ministre. Il existe aussi deux églises établies : l’Église anglicane et l’Église presbytérienne. La pluralité religieuse suit l’histoire moderne, avec la Glorieuse Révolution (1688) qui aboutit à l’Acte de Tolérance (1689). Cet acte de tolérance concerne au départ les autres sections du protestantisme, puis il va s’élargir aux Juifs et aux Catholiques.
Il n’y a donc pas de rupture au Royaume-Uni entre l’Église et l’État. L’absence de constitution écrite permet une certaine flexibilité, qui n’existe pas aux États-Unis ou en France. Le roi Charles III est à la tête de l’Église et de l’État. Il incarne les deux à la fois. Les membres de l’église anglicane siègent au Parlement (26 sur 800). Le Grand Rabbin siège aussi à la Chambre des Lords. Ajoutons que l’éducation religieuse est obligatoire dans les établissements scolaires. Les députés à la Chambre des Communes doivent prêter serment ou faire affirmation d’allégeance à la Couronne. Néanmoins, il est possible de parler de laïcité au Royaume-Uni. L’État garantit une neutralité et une impartialité de l’État. Il ne finance pas le culte, même s’il peut y avoir des subventions indirectes.
La lutte contre les discriminations
A partir des années 1960, une lutte est menée contre les discriminations. Il y a bien une liberté d’expression des idées et des pratiques religieuses. Toutefois, non, le principe d’une séparation à la française n’existe pas au Royaume-Uni. Après la Seconde Guerre mondiale, les premières vagues de migration en provenance des colonies, désormais regroupées au sein du Commonwealth, arrivent au Royaume-Uni. Dès 1948, le British Nationality Act accorde le droit de résidence et le droit de vote aux migrants. L’État est donc capable d’ajuster sa politique à la suite de la fin de l’Empire britannique.
Avec la crise économique arrive des tensions avec les populations issues du Commonwealth. En réponse, de nouvelles lois sont votées pour gérer la pluralité ethnique. Le mot utilisé est celui de « race », mais qui n’est pas connoté. C’est l’équivalent du terme « racisé » en France. En 1965, 1968 et 1976, The Race Relations Act va évoluer et se compléter. Le dernier Act est la pierre angulaire de la lutte contre les discriminations, qui a été reprise en 2001 et 2002 dans le droit européen, presque mot pour mot.
Le Royaume-Uni va développer progressivement un arsenal législatif pour protéger les personnes, avec en 1996, le Human Right Act et en 2010, le Equality Act. Ce sont des lois à valeur constitutionnelle. Elles sont les héritières des grandes lois britanniques, comme la Magna Carta (1215), Habeas Corpus (1679) et Bill of Rights (1689). En 1998, le droit britannique transcrit la CEDH. La loi de 2010 regroupe l’ensemble des domaines de l’égalité afin de protéger et quantifier, que ce soit le handicap, le genre, le mariage et le pacs, la grossesse et la maternité, la « race », les religions et les croyances, l’orientation sexuelle et l’âge.
Des outils de mesure de la diversité
Dès les années 1990, le Royaume-Uni met en place des outils de mesure de la diversité. En effet, il défends une égalité d’accès, qui est donc quantifiable, et non une égalité constitutionnelle, comme c’est le cas en France, et qui n’est donc pas quantifiable. Ainsi, au Royaume-Uni, la question ethnique apparaît dans les recensements en 1991, suivie par la question religieuse (2001) et la question de l’orientation sexuelle (2021).
Ces statistiques officielles sont une source précieuse pour les chercheurs, car elles permettent d’avoir une idée des appartenances ethniques. Pour Nada Afiouni, « le Royaume-Uni est le paradis des statistiques« . Entre 2011 et 2021, elles montrent que les chrétiens ont baissé et que les personnes ne déclarant aucune religion sont en augmentation.
Une autre particularité du Royaume-Uni, par rapport à la France, c’est par exemple l’intégration des insignes religieux dans les uniformes de la police londonienne. La tolérance religieuse s’exprime à la fois dans la sphère privée et dans la sphère publique. La célébration du Diwali par Rishi Sunak, Premier ministre, devant le 10 Downing Street, est passé comme un fait divers.
Il y a cependant des controverses sur la liberté religieuse au Royaume-Uni, avec un débat sur le nikab et sur le kirpan. Boris Johnson avait fait scandale en comparant les femmes voilées à des « boîtes aux lettres ». En 2024, des émeutes éclatent sur fonds de désinformation, dirigées par des groupuscules d’extrême-droite. Des contre-manifestations massives sont menées par les collectifs anti-racistes. Dès lors, contrairement à ce qui se passe en France, avec la montée du Rassemblement national, l’extrême-droite au Royaume-Uni n’obtient aucun siège au Parlement lors des élections de 2024. Ce ne sont pas les immigrés colonisés qui sont rejetés, mais les nouveaux arrivants.