Conférence Jean-Louis Roussel Lou Simon De l’histoire au théâtre : revisiter les crimes de guerre de 1940

Le rôle oublié des troupes coloniales en 1940 à Rouen

Le 30 janvier 2025, à la Maison des Jeunes et de la Culture de Fécamp, le partenariat entre l’Université Libre et Populaire et le théâtre Le Passage concernait le spectacle Insomniaques, avec la présence de Lou Simon et de l’historien Jean-Louis Roussel. Ils sont venus pour éclairer une page longtemps occultée de notre histoire collective : le sort des troupes coloniales durant la débâcle de 1940 à Rouen.

À travers un travail croisé entre chercheurs et artistes, cette collaboration vise non seulement à reconnaître les atrocités subies par les soldats et civils venus d’Afrique, mais aussi à transmettre cette mémoire aux générations d’aujourd’hui, notamment dans les établissements scolaires de quartiers populaires.

Contexte historique et violences raciales

Après la Première Guerre mondiale, entre 1919 et 1925, des contingents coloniaux ont été présents en Allemagne, suscitant un sentiment d’humiliation chez des Allemands n’acceptant pas la défaite. Vingt ans plus tard, à l’été 1940, lorsque la Wehrmacht prend la ville, elle se livre à des exactions d’une violence inouïe à l’encontre des soldats noirs.

Ces massacres, dirigés tant par les SS que par des unités de la Wehrmacht, s’inscrivent dans une logique raciste héritée du régime de Weimar et exacerbée par l’idéologie nazie : la stérilisation des enfants métis allemands avait déjà été programmée dès 1933, et le racisme de guerre se traduit ici par l’extermination délibérée de combattants coloniaux.

Vers une mémoire réparatrice

Pendant des décennies, ces événements n’ont pas fait l’objet d’une commémoration digne de leur ampleur. Ce n’est qu’en 2005 qu’un premier lieu de mémoire a été inauguré à Rouen, suivi d’une cérémonie officielle chaque 9 juin. Aujourd’hui, la recherche engagée par Jean-Louis Roussel, entend retrouver les descendants des victimes, à l’image de la famille Gomis, dont l’histoire éclaire le caractère intime et douloureux de ces drames.

Au-delà des commémorations solennelles, l’objectif est d’inscrire ces récits dans la vie quotidienne des élèves : ateliers de reconstitution, lectures de lettres fictives inspirées de témoignages historiques, et création d’un futur documentaire viennent nourrir un enseignement vivant et participatif.

L’alliance de l’histoire et de l’art

Si l’historien garantit la rigueur des sources et la vérification implacable des faits, l’artiste apporte la liberté d’expression nécessaire pour toucher les cœurs et éveiller les consciences. Le spectacle jeune public créé à Rouen a marqué un premier jalon : par la fiction, il dévoile au jeune public la réalité tragique des tirailleurs sénégalais et de leurs frères d’armes venus du Mali ou d’ailleurs. Cette complémentarité entre le livre universitaire et la scène offre un « choix de mémoire » capable d’alerter l’opinion et de porter haut le devoir de mémoire.

Pourquoi cette histoire nous concerne aujourd’hui ?

Reconnaître le rôle et les souffrances des troupes coloniales, c’est non seulement rendre justice à des combattants injustement oubliés, mais aussi offrir aux jeunes générations, en particulier celles issues de l’immigration, la clé d’un héritage trop longtemps négligé. La transmission de cette mémoire collective contribue à la construction d’une société plus apaisée, où l’égalité de reconnaissance efface peu à peu les silences et les tabous du passé.

L’histoire des troupes coloniales à Rouen en 1940 est un miroir de nos combats pour la reconnaissance et la justice. En transformant la recherche historique en projets pédagogiques et artistiques, Lou Simon et Jean-Louis Roussel ouvrent la voie à un devoir de mémoire inclusif et vivant. Ensemble, faisons en sorte que ces voix longtemps étouffées trouvent enfin leur place dans notre histoire commune.

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