Cette conférence introduit la généalogie familiale en présentant ses méthodes, ses enjeux et ses à-côtés. Aujourd’hui, les Français préfèrent la généalogie comme loisir. Elle se révèle transdisciplinaire en combinant les méthodes de l’Histoire et des sciences sociales et, dans certains pays, en s’enrichissant d’analyses d’ADN. Par ailleurs, les universités enseignent la généalogie et délivrent des diplômes dans ce domaine. Le conférencier, Simon Levacher, préside l’Université Populaire depuis juin 2021. Né en 1989, il a étudié l’histoire à l’Université du Havre.
Définition et nature de la généalogie
Le Larousse définit la généalogie en tant que dénombrement et liste des membres d’une famille qui établissent une filiation, ainsi que comme la science qui recherche l’origine et étudie la composition des familles. L’auteur souligne que la généalogie permet de rechercher des héritiers et de déterminer les droits de succession. Pratiquer la généalogie consiste à brosser l’histoire d’une famille en examinant ses personnages, ses propriétés bâties et non bâties, ses entreprises, ses techniques et ses métiers, ce qui démontre la dimension holistique de cette recherche qui va bien au-delà de la simple filiation. On distingue principalement deux branches : la généalogie familiale, que pratiquent aussi bien amateurs que professionnels, et la généalogie successorale, que des professionnels exercent principalement dans un cadre légal.
Motivations et intérêts de la généalogie
La généalogie attire l’intérêt pour de nombreuses raisons. Certains transmettent l’histoire familiale à la génération suivante, perpétuant ainsi la mémoire de leurs ancêtres. D’autres donnent un sens à leur vie en découvrant davantage leurs origines et en renforçant leur identité personnelle. D’autres encore cherchent à résoudre des énigmes du passé afin de vivre leur présent avec plus de sérénité en dissipant les zones d’ombre familiales. Le document établit également un lien entre la généalogie et la recherche universitaire en citant des ouvrages historiques qui adoptent des approches micro-historiques et présentent des études de cas familiaux.
Les matériaux documentaires de la généalogie
Une définition formelle des archives est fournie, tirée du Code du Patrimoine (article L.211-1) : « Les archives sont l’ensemble des documents, y compris les données, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, produits ou reçus par toute personne physique ou morale et par tout service ou organisme public ou privé dans l’exercice de leur activité. »
Pour entamer une recherche généalogique, vous commencez par collecter des informations auprès de votre entourage familial, en interrogeant notamment les membres les plus âgés, et en rassemblant des papiers et des objets de famille. Vous consultez ensuite diverses sources primaires essentielles, qui regroupent des documents officiels et historiques. Les registres paroissiaux et d’état civil occupent une place centrale dans vos investigations, car ils contiennent des actes de baptême, de mariage, d’inhumation, de naissance et de décès. Par exemple, l’acte de naissance et de décès de Marie Marguerite Thomas (1758-1858) vous offre un rare témoignage d’un centenaire confirmé.
Les tables décennales constituent une autre source précieuse, puisqu’elles récapitulent les actes d’état civil sur une période de dix ans et facilitent ainsi vos recherches sur plusieurs générations. Les recensements de population fournissent également des informations intéressantes en dressant des listes nominatives des habitants d’une commune ou d’un quartier à une date donnée. Enfin, les fiches matricules militaires vous apportent des renseignements détaillés sur les conscrits, en indiquant leur nom, leur état civil, leur description physique, leurs affectations et leur domicile, et elles constituent ainsi une ressource incontournable pour retracer le parcours des ancêtres ayant servi dans l’armée.
L’arbre généalogique et les ressources en ligne
Les chercheurs placent l’arbre généalogique au cœur de leur travail. Ils ne le considèrent pas comme une fin en soi, mais plutôt comme une étape ou une représentation visuelle de l’histoire familiale qui rend concrètes et accessibles l’ensemble de leurs recherches. Pour créer et enrichir cet arbre, ils utilisent plusieurs plateformes en ligne populaires. Ils choisissent notamment Geneanet et Ancestry, ce dernier ayant racheté Geneanet en 2021. L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (les Mormons) gère FamilySearch, qui propose une vaste base de données. Ils consultent également Filae, devenue une filiale de MyHeritage, ainsi que MyHeritage elle-même, qui offre diverses fonctionnalités pour explorer les lignées familiales et partager leurs découvertes avec d’autres passionnés de généalogie.
Aspects légaux et éthiques de la généalogie
La loi fixe les délais de communicabilité des actes d’état civil. Elle impose un délai de 75 ans à compter de la clôture du registre pour que l’on puisse consulter librement les actes de naissance et de mariage, tout en permettant un accès immédiat aux actes de mariage et aux tables décennales. Toutefois, elle encadre la libre communicabilité des archives publiques pour protéger des intérêts tels que la vie privée, le secret médical et la défense nationale.
La Fédération Française de Généalogie insiste sur le respect du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), notamment concernant le droit à l’oubli et la sécurisation des données personnelles. Elle rappelle également aux chercheurs de prendre en compte le droit des propriétaires d’archives privées dans leurs investigations.
Les experts accordent une attention particulière aux tests ADN dits « récréatifs » et les abordent avec prudence en raison des enjeux éthiques et juridiques qu’ils soulèvent. En France, la loi de bioéthique de 2011 encadre strictement ces tests, et la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) avertit des risques liés à la fiabilité et à l’utilisation des données personnelles sensibles. L’achat de ce type de test expose l’acheteur à une amende de 3 750 euros.
Enfin, les chercheurs établissent des liens entre la généalogie et le droit de la famille, notamment en matière de droit de la filiation, de mariage pour tous et de droit relatif au nom de famille. Ils croisent ainsi ces domaines juridiques pour apporter un éclairage particulier sur les évolutions législatives et sociétales.
La psychogénéalogie
Anne Ancelin Schützenberger, reconnue comme la « mère » de la psychogénéalogie, met en lumière les concepts principaux de cette approche qui explore les liens entre l’histoire familiale et les dynamiques psychologiques individuelles. Elle s’inspire des thérapies systémiques de l’école de Palo Alto pour développer une méthode qui repose notamment sur le syndrome d’anniversaire et le génosociogramme, outils qu’elle a elle-même conçus pour comprendre les répétitions inconscientes de certains événements au fil des générations.
Ivan Boszormenyi-Nagy conceptualise la loyauté familiale invisible et souligne les engagements implicites que les familles transmettent d’une génération à l’autre. Jacob Levy Moreno crée le psychodrame, qui permet d’exprimer et de revivre des situations passées dans un cadre thérapeutique. Serge Tisseron met en lumière l’impact des secrets de famille sur les individus et démontre comment ces non-dits influencent leur parcours de vie.
En évoquant ces concepts, le conférencier démontre que la généalogie peut s’ouvrir à des dimensions psychologiques et transgénérationnelles, offrant ainsi une lecture plus complexe et intime des transmissions familiales.
Liens :
- Site Geneanet : https://www.geneanet.org/
- Site Fédération française de généalogie : https://www.genefede.eu/
- Guides de généalogie : https://www.archivesetculture.org/
- Chaîne YouTube de Ketella : https://www.youtube.com/@ZyxKetella